Montagne de Saint Maurice

Un site de 252 hectares, inscrit au réseau des Espaces Naturels Sensibles locaux.
Une chapelle est présente sur son sommet, avec un point de vue exceptionnel qui s’étend jusqu’au synclinal de Saoû et la Vallée du Rhône.

Description

C’est une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique de type 1.
Tout au long de l’année la Commune y organise des animations et des activités de sensibilisation, par exemple auprès du jeune public. Le site est également ouvert au public toute l’année. Il est possible de s’y rendre en randonnant via divers sentiers aménagés ou en voiture, sur demande en mairie.

Certaines espèces faunistiques et floristiques du site représentent un intérêt patrimonial local important, mais aussi au niveau régional. Ce site présente de nombreuses particularités : des paysages remarquables tant pour leur esthétique que pour ce qu’ils nous apprennent de la présence humaine, un patrimoine naturel de qualité et diversifié tant pour sa flore que pour sa faune, un espace de loisirs et de ressourcement pour la population locale très attachée à ce lieu.
Ce site est classé en Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique de type 1 (ZNIEFF type 1), ce qui confirme son intérêt d’un point de vue écologique, cette ZINEFF s’étend aussi sur les communes d’Eyzahut, le Poët-Laval, Dieulefit, Félines-sur-Rimandoule et Rochebaudin.
La flore est composée de pelouses d’altitude, d’une forêt diversifiée, mais aussi de plantes remarquables et/ou protégées comme par exemple la pulsatille rouge, la sabline à grandes fleurs, ainsi que l’œillet de Grenoble (protections régionales, livre rouge régional, cueillette réglementée). Le site a été ainsi reconnu par le Conservatoire National Botanique Alpin (CNBA) comme le plus exceptionnel des Baronnies, pour sa flore, dans le cadre de l’étude sur les habitats remarquables du projet de Parc Naturel Régional (PNR) des Baronnies, territoire élargi.
Les imposantes falaises, la continuité géographique, son rôle de corridor biologique, l’altitude et la tranquillité des lieux, tout confère au site une richesse faunistique importante. En effet, ce corridor montagnard naturel présente des espèces remarquables et emblématiques autant que patrimoniales, comme le chamois et l’aigle royal.
Depuis les pelouses sommitales un fabuleux paysage se révèle. Toutes les montagnes alentours s’offrent ainsi à la vue du promeneur contemplatif. Les valeurs paysagères d’un territoire sont tout aussi importantes et à préserver que les milieux naturels.

LA CHAPELLE DE SAINT MAURICE

Au sommet de la montagne, perchée, a été construit la Chapelle de Saint Maurice.
Elle peut être présentée comme étant de style roman. On dit souvent d’un édifice qu’il est de style roman quand la datation est incertaine, mais dont le style, l’esprit, la spiritualité et la technique se rapprochent de l’art roman au regard d’aujourd’hui. Par sa forme massive, l’absence de larges ouvertures laissant l’intérieur dans la pénombre, la forme voutée du plafond et du chœur donne à cette chapelle une ambiance spirituelle forte.

Cette chapelle, aujourd’hui encore, est traditionnellement honorée de pèlerinage deux fois par an, à la Pentecôte et le 22 septembre (fête de la Saint Maurice), occasions pour les Dieulefitois de se retrouver et de festoyer ensemble.

La Chapelle de Saint Maurice est placée sur un promontoire à environ 930 mètres d’altitude, il lui permet d’avoir un point de vue fascinant et envoutant sur :
• La vallée de Soyans, Saou et Bourdeaux au creux de laquelle coule le Roubion ;
• Le Massif de la forêt de Saou et ses fameux Trois Becs (Veyou, Signal et Roche Courbe) ;
• La montagne de Couspeau dont le point culminant est le Grand Delmas à 1544 mètres d'altitude ;
• La montagne Sainte Euphémie et Roche Colombe sur lesquelles l’ermite Maurice pouvait observer les emplacements des oratoires de chacun de ses frères (voir § « La légende de l’ermite Maurice ») ;
• Au loin, la vallée du Rhône et la plaine du Valentinois sont toujours visibles jusqu’aux coteaux du Vivarais ;
• Par le Col de la Chaudière on aperçoit aussi en arrière plan les hautes falaises du sud du Vercors.

LA LEGENDE DE L’ERMITE MAURICE
Extraits du livre de l’abbé Robin « Manuscrit de l’abbé Robin » Plein-Cintre Éditions, 1990, principale source historique sur le sujet.

Le 25 juin 842, trois frères, Maurice, Guigues et Odon, fils du vieux seigneur de Dieulefit (la coseigneurie de Dieulefit était pariée entre les seigneurs de Comps, puis de Vesc et les Hospitaliers de Saint-Jean de Poët-Laval tout proche), parcouraient la montagne située au nord-ouest de leur château, pour faire la chasse aux cerfs timides et aux féroces sangliers.
Un an jour pour jour en amont de cette date, les trois frères livraient la terrible bataille à Fontenoy-en-Puisaye (Yonne, en Bourgogne) contre le prince Louis le Débonnaire et Charles le Chauve, pour soutenir Lothaire 1er (lors de cette bataille, la victoire de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve sépara la France de l’Empire d’Empire d’Occident et fonda l’indépendance de la nationalité française). Maurice s’adressa à ses frères : « N’est-ce pas après ce combat que nous fîmes tous trois le serment de nous retirer du monde pour vivre dans la solitude et expier, par la pénitence, nos péchés, ceux surtout que nous avons commis en portant les armes ? Ce lieu où nous sommes me paraît retiré et propre à élever l’âme vers dieu, je le choisis pour y bâtir un oratoire en l’honneur de mon saint patron, Maurice, ce généreux chef de la légion Thébaine, et là je passerai le reste de mes jours dans le jeûne et la prière ».
Guigues choisi le sommet de la montagne qui domine le château de Pont-de-Barret pour y élever un oratoire en l’honneur de Sainte Euphémie, à son tour Odon choisis de s’installer au sommet de la montagne qui protège la forêt de Saoû, son oratoire fut dédié à Sainte Colombe.
Suite à cette décision commune, les trois frères ne tardèrent pas à prendre contact avec le saint évêque de Die afin de les autoriser à mener cette vie érémitique.
Deux mois après le 25 juin 842, trois oratoires s’élevaient sur le sommet des montagnes qui ont pris depuis lors les noms de Saint Maurice, Sainte Euphémie et Roche Colombe, et trois hommes y voyaient poindre l’aurore de leur carrière érémitique, qui ne devait cesser qu’avec leur terrestres jours.

Chaque soir, après le couché du soleil, ils allumaient une lampe, un fanal, pour se saluer et se féliciter d’avoir fait un pas de plus vers l’éternité.
L’humble ermite de Saint Maurice ne sortit qu’une fois de sa bien aimé solitude, ce fut pour aller fermer les yeux de son vieux père et l’aider, par ses vivifiantes paroles, à passer de l’exil à la céleste patrie. Après avoir donné des conseils pleins de sagesse à son quatrième frère, héritier de manoir paternel, il retourna sur sa montagne ou, chaque dimanche, un bénédictin du monastère de Notre-Dame-de-la-Calle (à Dieulefit) allait célébrer le saint sacrifice et lui donner la communion, le pain des anges.

Combiens de fois, pendant les longues années que vécut l’humble ermite, l’ont vit les habitants de Dieulefit gravir le sentier escarpé de la montagne de Saint Maurice, pour aller consulter, dans leurs peines, celui qui était placé entre terre et cieux.

Un dimanche, le bénédictin qui, selon la coutume, gravissait la montagne pour dire la sainte messe dans l’oratoire de Saint Maurice, trouva le noble ermite à genoux, les yeux fixés vers le ciel, dans l’attitude de l’extase. Son cœur sur lequel le religieux posa la main battait plus fortement qu’a l’ordinaire. Dans l’heure suivante, Maurice révéla au saint homme qu’il était sur le point de se dépouiller de sa mortelle enveloppe : « Donnez-moi le saint viatique, ce doux pain des anges, du divin agneau qui m’a tant aimé ; puis vous ferez sur moi les onctions des infirmes, car dieu m’appelle de ce terrestre séjour à la céleste patrie ». Après avoir reçu tous les secours spirituels que l’Eglise prodigue à ses enfants sur le point d’entrer dans l’immortel séjour, l’humble ermite s’exprima avec un accent qui n’avait plus rien de la terre :  « Adieu mon père, le doux Jésus m’appelle, la divine Marie me tend ses mains bénite. Ensevelissez ma dépouille mortelle dans cet oratoire où j’ai passé de si tranquilles jours, où j’ai goûté des consolations inconnues au monde ».
Joignant les mains pour la dernière fois sur son cœur palpitant d’amour, l’Amour céleste reçut son âme pure et le ciel compta un saint de plus dans les éternelles demeures.

Le lendemain, les moines du monastère de Notre-Dame-de-la-Calle, suivis des parents du noble défunt et d’un grand nombre d’habitants de Dieulefit, gravissaient la montagne de Saint Maurice. Ils creusèrent eux-mêmes la fosse dans la chapelle (l’oratoire) et y déposèrent la dépouille mortelle du noble Maurice pour exécuter sa dernière volonté.

Longtemps, les habitants de Dieulefit vinrent prier sur ce tombeau vénéré ; mais sur cette terre les plus précieux souvenirs s’effacent. Les années en se succédant, et ensuite les malheurs du temps, firent peu a peu oublier la mémoire du saint ermite, et son oratoire négligé finit par tomber en ruine.

L’an 1160, des bergers gardent leurs troupeaux sur le sommet de la montagne de Saint-Maurice, près d’un monceau de pierres qui paraissaient les vestiges d’une antique habitation, relevaient ces restes de bâtisse pour en former un mur destiné à les abriter contre les vents du nord. En creusant le sol ils découvrirent une longue pierre de taille, ils la soulevèrent et furent étonné d’y découvrir un cadavre humain dont les ossements, étaient parfaitement conservés. Effrayé par cette vision ils choisirent de prendre le chemin du retour. Cependant l’un d’eux souleva avec son pied la tête et la fit rouler sur la pente rapide de la montagne.
Le lendemain, ces bergers retournèrent en ce même lieu mais furent stupéfait de découvrir la tête du squelette au même endroit d’où l’un d’eux l’avait fait rouler dans le ravin profond. « N’est-ce pas le crâne qui a roulé là-bas, du côté de Truinas ? ». Sans beaucoup s’arrêter à cette pensé, ils prirent le crâne et lui firent reprendre le même chemin que la veille.
Ils revinrent encore le surlendemain et aperçurent encore le même crâne au même endroit. Ils voulurent fuir, mais la frayeur les saisit tellement qu’ils tombèrent à terre pour ne se relever que longtemps après et courir à Dieulefit, raconter la merveille dont ils venaient d’être témoins.
Le récit qu’ils firent à leur retour, excita une surprise impossible à décrire, à ce peuple religieux et surtout un ardent désir d’aller vénérer les saintes reliques.

Dans ce temps, Guy de Vesc était venu passer quelques jours dans son château de Dieulefit. A l’annonce de cette nouvelle, il prit la décision de partir sur ces lieux, accompagné des principaux habitants et de leur curé, afin de rapatrier les ossements sacrés. De retour à Dieulefit, Guy de Vesc fit placer les reliques dans sa chapelle en attendant de leur faire préparer une châsse convenable.
Le lendemain, Guy de Vesc ouvrit lui-même les portes de la chapelle dont il avait emporter la clef, fit sa prière. Il s’approcha ensuite des saintes reliques pour les vénérer mais constatât avec stupeur que le coffre était vide. « Que sont devenus les précieux ossements que je fis placer moi-même, hier, dans cette boite ? »
Se souvenant alors du récit des deux bergers, il fit envoyer son écuyer sur la montagne de Saint-Maurice, voir si les restes vénérés sont retournés dans ce même lieu, où hier, ils furent prélevés.
A son retour, il déclara qu’il avait trouvé les ossements à la même place, rangés dans un ordre parfait. Le noble Guy admirant de plus en plus la bonté et la puissance de dieu, se rendit au monastère de Notre-Dame-de-la-Calle pour consulter le vénérable père abbé afin de lui demander quelques détails sur ce saint inconnu.
Le bibliothécaire du couvent, vieillard octogénaire, retrouva des écrits qui énonçaient : En l’an 842, sous le régime de l’empereur Lothaire, le noble seigneur Maurice, fils du seigneur de Dieulefit, après avoir longtemps porter les armes, fit construire un oratoire en l’honneur de son patron Maurice, chef de la légion Thébaine, sur le sommet de la montagne. Il s’y fit ermite et y finit ses jours. En mourant, il recommanda qu’on inhumât son corps dans l’oratoire où il avait passé des jours si paisibles et si heureux.

Guy de Vesc, Charmé par ce récit, prit la résolution de faire relever l’oratoire de Saint Maurice et d’y laisser les reliques du saint ermite. Le nom de Maurice que portait l’ermite, et l’oratoire érigé en l’honneur de son saint patron, ont fait croire plus tard au peuple que le corps du noble chef de la légion Thébaine était enterré dans cette chapelle.
Les pieux pèlerins recommencèrent à gravir la montagne pour implorer la protection du saint ermite. Les Guerres religieuses du 16ème siècle détruisirent de nouveau cet oratoire, comme elles en détruisirent d’autres ; mais elles ne purent détruire le souvenir de Saint Maurice.

En 1660, un curé de Dieulefit, Balthazar Thomé, voulu relever cette chapelle et fit à cette fin une quête chez ses paroissiens catholiques. La tradition rapporte que, lorsque les maçons voulurent poser les fondements d’une nouvelle chapelle, non sur les ruines de l’ancienne, mais sur le versant qui regarde Dieulefit, ils trouvaient le lendemain leurs travaux de la veille détruits et les matériaux transportés sur l’emplacement de l’ancienne chapelle. Plusieurs fois ils recommencèrent leur ouvrage, mais toujours inutilement : Les nouveaux matériaux qu’ils employaient, disparaissaient toujours pour aller retrouver les premiers. Ils reconnurent la main de Dieu dans ce prodige et rebâtirent la chapelle à la place de l’ancienne. Mais comme à cette époque, le seigneur de Dieulefit, Mary (Marius) de Vesc, était protestant, et que les catholiques étaient peu nombreux et pauvres, l’oratoire fut reconstruit dans de modestes proportions.

Ouverture

Du 01/01 au 31/12.
Ouvert toute l'année à pied, en VTT ou à cheval

Ouvert le 22 septembre et lundi de pentecôte de 9h à 19h.